Chers Frères et sœurs, dans l’évangile de ce dimanche, Jésus compare le Royaume de Dieu à un banquet de noces. Un Roi prépare le mariage de son fils et son Royaume est présenté comme un repas de fête, auquel nous sommes tous invités. Qu’est-ce qu’on trouve dans un banquet ? de la nourriture. Et nous avons besoin de nourrir notre corps.
Mais nous savons aussi que « l’homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu » (Mt 4,4). Il y a la nourriture du corps et il y a la nourriture de l’âme. Nous mangeons trois ou quatre fois par jour pour nourrir notre corps… et notre âme, combien de fois, est-ce que nous la nourrissons ?
Dans la vie spirituelle, on n’attend pas d’avoir envie de prier pour prier. Notre âme a toujours besoin d’être nourrie. Comment nourrir son âme ? Commencer par bien préparer la table pour susciter l’appétit, créer un environnement, un cadre, qui donne envie de prier. Et une fois que la table est mise, il faut une bonne nourriture.
On peut réciter des tonnes de prières, mais si on n’y met pas son cœur, c’est une prière sans chaleur, sans saveur ; et la chaleur vient du cœur. Vivre sa prière avec le cœur, habiter sa prière. Voyez, même les prêtres sont menacés.
Personnellement, je redécouvre depuis quelque temps la joie de prier dans un Bréviaire en papier – celui que j’utilisais au Séminaire.
Car je vous avoue que prier avec son portable, cela finit par « taper sur le système »… j’en profite pour vous dire : « n’envoyez plus de messages à votre curé le lundi, c’est son jour de repos, il a besoin de débrancher son cerveau ! ». Tout cela, chers amis, touche un enjeu essentiel : la qualité de notre vie intérieure.
C’est l’enjeu de l’évangile de ce dimanche. Car, nous sommes parfois physiquement présents, mais intérieurement absents. On ne peut pas être présent à quelqu’un si on est interrompu toutes les trois secondes par une notification sur son portable. Comment voulez-vous être présent à Dieu si votre téléphone est toujours posé à côté de vous ?
Comment voulez-vous entrer dans le silence de Dieu, si vous restez constamment disponible au bruit du monde ?
J’ai demandé à nos animateurs de chants de prier des « Je vous salue Marie » avant la messe ; pour prendre un temps de silence avant la messe, pour se rendre présent à Celui qui va se rendre présent à nous, et qui nous offre Sa vie à chaque messe. Et Jésus est très sensible à la qualité de notre présence et de notre vie intérieure.
Voyez les événements qui nous scandalisent, en tous cas qui me scandalisent, depuis deux semaines : cette violence des lycéens qui réclament du matériel de qualité et qui brûlent un lycée tout neuf à Nantes ; qui réclament des profs et qui agressent les profs… juste après la venue de notre Pape qui nous a tous édifiés par la qualité de sa paix intérieure.
Quel contraste ! La qualité de notre vie intérieure, c’est l’enjeu de ce siècle. Tout le monde est invité aux noces, à cette union de l’Epoux et de l’Epouse. L’Epoux c’est Jésus, l’Epouse c’est nous, c’est l’Eglise. Et cette union sera pleinement accomplie à la fin des temps.
Or, nous dit la parabole : un homme ne porte pas le vêtement des noces, et le Roi le renvoie en le punissant sévèrement. Pourquoi ? Car il ne suffit pas d’être invité, encore faut-il remplir certaines conditions : c’est ce que nous appelons « être en état de grâce » ou « en parfaite communion » avec Celui qui nous invite.
Le vêtement de noces, c’est le vêtement du baptême, mais aussi le sacrement de la réconciliation, parce que la robe du baptême a besoin d’être lavée, purifi ée, régulièrement… quand on s’aime, on se demande pardon. Il y a des tenues qui rompent la communion, nous dit Jésus, qui nous mettent hors communion.
Par l’image du vêtement extérieur, Jésus désigne le vêtement intérieur, la rectitude de vie, la paix avec sa conscience, le respect des commandements, une vie intérieure qui nous unit à l’Epoux. On ne peut pas communier au Corps du Christ sans se préparer, sans prendre des dispositions dans sa vie.
Il y en a qui viennent recevoir, avec beaucoup d’humilité, une bénédiction (au moment de la communion) en croisant leurs mains sur leur poitrine ; parce qu’ils ne peuvent pas communier sacramentellement, bien qu’étant toujours en communion avec l’Eglise – ils assument leur situation.
Dieu leur donne autant (sinon plus) de grâces que ceux qui viennent communier sans se poser aucune question. C’est la question du lien qui unit le sacrement du baptême, de l’eucharistie, de la réconciliation, et du mariage. Tous les sacrements sont liés les uns aux autres.
Pourquoi demanderais-je l’eucharistie sans demander à me marier à l’église ? Le mariage n’est pas une question d’avoir des milliers d’euros sur son compte pour la location d’une salle des fêtes.
Le sacrement du mariage, c’est une préparation avec un prêtre, deux témoins, et une célébration à l’église, rien de plus… (dans la mesure où c’est possible, car il y a des situations complexes). Et il y a ceux qui ne se sont pas confessé depuis longtemps.
Là aussi, c’est tout simple : je vous rappelle que le bonheur et la joie du prêtre, c’est de vous donner le pardon de Dieu.
>Alors frères et sœurs, prenons conscience que si nous n’avons pas la bonne tenue pour participer au repas des noces, celle que demande Jésus, et que nous voulons changer cette tenue, sachez que Jésus nous en donnera toujours les moyens. Il suffit d’en parler !
Le prêtre, avant de donner la communion, dit (tout bas) : « Seigneur, que cette communion à ton corps et à ton sang n’entraîne pour moi ni jugement, ni condamnation ».
Car la communion, si elle peut nous donner la vie, elle peut aussi nous condamner (Saint Paul aux Corinthiens : 1 Co 11, 27-29 « celui qui aura mangé le pain ou bu la coupe du Seigneur d’une manière indigne devra répondre du corps et du sang du Seigneur. On doit donc s’examiner soi-même avant de manger de ce pain et de boire à cette coupe.
Celui qui mange et qui boit mange et boit son propre jugement s’il ne discerne pas le corps du Seigneur »). Nous sommes tous invités, mais ne prenons pas à la légère cette invitation. Et souvenons-nous : qui nous invite et ce qu’il demande.
>Que chacun examine sa conscience, et « qu’il entende celui qui a des oreilles pour entendre », en acceptant de changer des choses dans sa tenue, dans sa vie, dans la qualité de sa vie intérieure : afin de revêtir le vêtement qui fait entrer dans la pleine communion avec Celui qui nous a TOUS invités. Amen.