Chers frères et sœurs, Si un bébé dans le sein de sa mère est arrivé à l’échéance des 9 mois de conception, est-il tenté de sortir ou de rester ? alors qu’il est nourri et que tout lui est fourni sans efforts : ce bébé a-t-il envie de sortir ou de rester dans le ventre de sa mère ?
Les lectures d’aujourd’hui nous parlent d’un appel et d’un arrachement. Dieu appelle des hommes et des femmes qui, souvent, ne se sentent pas à la hauteur pour répondre à l’appel (« Seigneur, éloigne-toi de moi, car je suis un homme pécheur » dit Simon-Pierre). Si le bébé continue sa vie végétative dans le ventre de sa mère, il mourra.
Il y a un temps pour trouver le confort, et il y a un temps où il faut partir et voler de ses propres ailes… comme le poussin que sa mère pousse hors du nid pour l’obliger à voler, sinon il va continuer de s’accrocher à son nid et à sa mère.
C’est un peu ce que fait Dieu lorsqu’il appelle : « Abram, quitte ton pays, ta famille et la maison de ton père… et va ! ». Dieu ne donne pas la destination, Il dit simplement de partir, et de s’arracher à un milieu dans lequel on est trop habitué, trop installé… pour aller vers une destination inconnue.
Dieu nous arrache au confort pour que nous accomplissions notre vocation et pour que nous devenions une bénédiction.
Mercredi dernier, j’étais à l’école pour la catéchèse des enfants d’Arzal, et je leur ai dit que le Seigneur m’a appelé à être prêtre et m’a demandé de quitter mon pays, la maison de mon Père, et les Monts du Lyonnais pour une destination inconnue…. la Bretagne ! Je n’avais pas de famille en Bretagne.
Cet appel de Dieu m’a arraché à ma famille mais a béni ma famille – parce que, d’une certaine manière, si j’ai pris de la distance géographique avec eux… ce fut une bénédiction pour tous.
Vous savez la grande majorité des jeunes familles d’Arzal qui viennent à la messe le dimanche aujourd’hui, elles ne venaient pas à la messe il y a deux ans : Tyron (qui maintenant est servant d’autel), c’est parce que tu demandes le baptême que tes parents sont, aujourd’hui, au premier rang dans cette église et qu’ils vont recevoir la Vierge pélerine à la fin de la messe, et faire bénir leur maison mardi prochain (ils sont tous les deux chauffeurs routiers, et ils feront bénir aussi des médailles de Saint Christophe) ; Malone, servant d’autel, c’est parce qu’il sert la messe, que je vois régulièrement son père sur les premiers bancs de notre église.
Jean, c’est parce que tu as demandé le baptême, que je vois tes parents presque chaque dimanche, et ta mère a demandé à recevoir le sacrement de confirmation ; Julia, c’est parce que tu as fait ta confirmation que ta maman a demandé à faire sa confirmation.
Aylan et Alya, c’est parce que vous avez demandé le baptême que votre papa est au premier rang de l’église aujourd’hui, et qu’il se prépare au baptême. Etc. Je pourrais encore développer le sujet pendant longtemps, car sur les 20 enfants de l’école d’Arzal qui suivent la catéchèse, ils sont nombreux à avoir entraîné leurs parents à la messe.
Voyez l’impact des enfants : Dieu a parlé à leur cœur, Il les a appelés, et ils rayonnent pour devenir aujourd’hui une bénédiction dans leur famille. Alors parfois, ce n’est pas si simple, on est tenté de fuir. On s’accroche à ses vieilles habitudes, on s’accroche à ses parents, à ses enfants.
Mais vient un moment où les parents sont obligés de renoncer à leurs enfants et de les pousser hors du nid et de leur dire : « pars », « va faire ta vie » ! Vous vous souvenez du film Tanguy : ce garçon qui approche la trentaine et qui n’arrive pas à quitter son père et sa mère. Il n’a jamais grandi, et il n’a jamais quitté l’adolescence.
Dieu veut nous envoyer : d’arrachement en arrachement, de naissance en naissance ; et on n’a jamais fini de naître. Son identité, on la trouve au bout d’un long chemin, où il faut marcher et traverser ses doutes. Dieu veut simplement nous aider à dépasser ce qui est pour nous un frein à grandir et à devenir libres.
« Si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste seul, mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruit ». Oui, il nous faut mourir pour renaître, car nous avons cette tendance viscérale à nous installer dans notre fauteuil, dans notre confort, avec nos petits groupes d’amis… ayant peur de franchir cette frontière qu’on s’est fixé soi-même.
>Alors chers frères et sœurs, que cette fête de Saint Martin de Vertou, qui nous parle aujourd’hui de l’appel, nous enseigne que la vie avec Dieu est un temps pour redémarrer et couper avec ce qui nous attache, ce qui nous empêche d’être vraiment libres.
Un appel à la liberté, que nous trouvons dans la 1ère lecture avec Isaïe, et dans l’évangile avec Simon-Pierre. Je conclus avec deux questions : y a-t-il dans ma vie des attachements, des sécurités, qu’il me faut quitter pour grandir et devenir libre ?
Ai-je fait l’expérience qu’un changement, qui m’a sorti de ma zone de confort, est devenu (pour moi et pour les autres) une bénédiction ?