Article • dimanche 8 novembre
Homelie du dimanche 8 novembre
Chers frères et sœurs, A quelques jours du 11 novembre, nous faisons mémoire de nos anciens combattants, et de ceux qui ont donné leur vie pour la France. Et nous accompagnons, ce matin, Aymeric, qui va recevoir pour la première fois le Corps du Christ. Aymeric a sauté de joie quand je lui ai annoncé qu’il entrerait dans l’église sous les drapeaux, escorté par des anciens combattants ; son visage s’est illuminé ! …. parce qu’il voudrait un jour devenir militaire. Alors, on pourrait se poser la question : quel rapport entre la commémoration du 11 novembre et l’évangile de ce dimanche. Nous nous rapprochons de la fin de l’année liturgique, qui évoque toujours la fin des temps, et Jésus nous demande de préparer nos cœurs à Sa venue. Or, plus nous nous approchons de la lumière, et plus il y a du combat. Pas de paix sans combat. Et je pense que la chose la plus précieuse aujourd’hui, dans le contexte actuel, extrêmement troublé et anxiogène, que tout le monde recherche, c’est la paix. Les gens sont inquiets, et ils aspirent à la paix. « Poursuis la paix, recherche-la » dit le Psaume 34. Le problème, c’est que pour obtenir la paix, il faut du combat. Pas un combat contre des casseurs de vitrines ; un combat contre soi-même. Et c’est là, le grand paradoxe. c’est que : pour avoir la paix, il faut la guerre (Sainte Catherine de Sienne le dit : « sans guerre, il n’y a pas de paix. ») « Et la guerre la plus dure à mener, est contre soi-même (avait dit le Patriarche Athénagoras). Il faut arriver à se désarmer. J’ai mené cette guerre pendant des années, elle a été terrible, mais maintenant je suis désarmé, et je n’ai plus peur de rien, car l’amour chasse la peur ». Donc, il ne s’agit pas de s’armer chez soi pour se défendre contre les pillards en cagoule… mais c’est à l’intérieur de soi-même, avec soi-même, qu’il faut mener cette bataille, qui est spirituelle ; notre ennemi est spirituel. On pense parfois que les médicaments, le psy, ou une prière de guérison, vont tout régler. Non, la paix profonde ne tombe pas du ciel, il faut accepter de passer par des purifications intérieures et revenir à la sagesse des grands saints. Saint Jean de la Croix, par exemple, Maître de la vie intérieure, Docteur de l’Eglise, nous dit que : dans le combat est intérieur. Je ne peux pas l’emporter avec un médicament qui viendrait de l’extérieur, il me faut entrer dans mon intériorité. La parabole de ce dimanche met en scène dix jeunes filles, qui attendent l'Époux. Cinq prévoyantes, cinq insensées. Toutes possèdent une lampe, en attendant l'Époux, mais elles s'endorment. Seules les premières ont pris soin d’avoir une réserve d'huile. Cette huile, c'est la charité (nous dit Saint Augustin), l'amour qui inspire nos actes. Les vierges sages ont une réserve d'huile parce que leur vie intérieure est nourrie par une vraie relation au Seigneur. Et cette huile ne s'achète pas chez le marchand. Elle ne se prête pas. Personne ne peut aimer à notre place. Personne ne peut exercer la charité à notre place. C’est un combat personnel. Si vous avez un père spirituel, il ne pourra pas faire le travail à votre place ; si vous avez quelqu’un qui vous soutient dans les périodes difficiles, il ne pourra pas faire le travail à votre place. Le meilleur médicament, c’est vous. Et Saint Jean de la Croix a une phrase qui résume tout : « Dieu est la santé de l’âme ; la santé de toute la personne ». Pourquoi la société va mal ? Parce qu’elle a exclu Dieu, qui est la racine de notre être. Jeudi matin, j’étais au collège Sainte Thérèse, de Muzillac, où je donne un cours de culture religieuse aux classes de 3ème. Je leur parle de l’Eglise primitive, de Rome, des persécutions des premiers chrétiens, des martyrs, et ils me regardent avec des yeux ronds… il faut que je leur parle du Puy du Fou pour qu’ils commencent à se réveiller. L’histoire de Rome, tu connais ? Non…. Et la route du Rhum ? Ah, oui ! Je leur demande à la fin : qui pense que après la mort, il n’y a rien ? le tiers de la classe lève la main. Qui pense qu’il y a le paradis après la mort ? (un bonheur éternel qui nous attend)… 3 élèves sur 25 : dans un établissement catholique ! A l’inverse, c’est une immense joie lorsque des personnes ont fait une expérience de Dieu et qu’ils racontent comment ils se sont abandonnés au Seigneur, et comment ils ont gagné une paix profonde. « Cherchez d’abord le Royaume de Dieu et le reste vous sera donné par surcroît » (Matthieu 6, 33) : plus ma relation avec Dieu est gratuite, désintéressée, et plus j’acquiers la paix. Mais plus je cherche cette paix à tout prix, en faisant tourner mes prières de demande en boucle, et moins je l’aurai cette paix ; car plus je fais une fixation psychologique sur mes problèmes, et plus ils grossissent. Tout cela n’est pas si simple… et cela ne se fait pas en une fois, il faut beaucoup d’agonies de l’âme (nous disent les saints) avant d’entrer dans cette paix profonde. C’est le combat de la sainteté, de la vie éternelle, et l’enjeu est énorme, c’est le salut de notre âme. Et notre ennemi le sait, et il cherche à nous retirer, à tout prix, cette paix. Je peux passer ma vie « tendu », en faisant un bras de fer avec moi-même et avec Dieu… mais un jour, ça fait une grosse tendinite. Et pourtant c'est là que Jésus peut en profiter pour me dire : « enfin…. ta main s’ouvre… je peux y mettre MA grâce ; parce que toi, tu veux donner Dieu avec ta force et ta vertu ; mais ma main te précède, c’est ma grâce, ma force et ma fécondité… travaille en te reposant sur moi ! Car il y a beaucoup de prêtres épuisés parce qu’ils portent tout. Car le problème de fond c’est de vouloir prendre la place de Dieu. Et parfois, il est nécessaire d’être mis par terre pour changer de fonctionnement : donc la semaine prochaine, je fais une retraite spirituelle, et je vous remercie de bien vouloir me laisser…. « en paix ». Chers frères et sœurs, nos anciens combattants ont connu le combat physique, des épreuves qu’on ne peut pas imaginer. Ils ont combattu pour la paix. Nous chrétiens, nous devons combattre aussi, « revêtir l'équipement de Dieu, afin de pouvoir tenir contre les manœuvres du diable » dit Saint Paul aux Éphésiens (chap 6), avec la vérité pour ceinture, la justice comme cuirasse, la foi comme bouclier, et la Parole de Dieu comme épée de l'Esprit. >Prions pour Aymeric, qui va faire sa 1ère communion, pour les victimes des guerres ; et demandons au Seigneur de nous donner cette paix profonde, et d’être en mesure de la transmettre, cette paix du Christ, autour de nous. Amen.
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