Quelle est la différence entre un enfant et un adulte ? L’enfant est petit et il sait qu’il est petit. L’adulte est petit mais il croit qu’il est grand. Quelques centimètres en plus ou quelques années en plus…. mais par rapport à l’univers, il est quoi ? pas grand-chose. On n’est rien, mais on peut croire qu’on est grand. On peut croire qu’on est important et parfois même extraordinaire… parce qu’on a rempli son église et que les gens vous font plein de compliments ! C’est subtil l’humilité, et c’est subtil l’orgueil. Vous faites un compliment à quelqu’un : « oh que tu chantes bien, que tu animes bien, ou que tu joues bien de l’orgue ! ». Même si c’est vrai, la personne en face peut vous dire : « non mon Père, vous exagérez, vous me flattez ! » ; « non, c’est vrai, vous avez un don ! ». L’humilité, ce n’est pas se contorsionner en disant « je ne suis rien ». L’humilité c’est savoir reconnaître ses talents, ses qualités et sa valeur, tout en restant simple. Au fond, la vraie humilité, ce n’est pas de dire « je ne suis rien » mais d’être lucide sur soi-même. Je sais « ce que je suis » et je sais « ce que je cache ». Alors que l’orgueil, c’est l’illusion : je ne sais pas, je suis aveugle sur moi-même. Et donc j’ai besoin de frères et de sœurs courageux pour me dire les choses dans la charité, afin de devenir clairvoyant et lucide sur moi-même. Blaise Pascal disait : « à mesure que tu expieras tes fautes, tu les connaîtras ». Dans la mesure où tu progresses en sainteté, tu progresses en vérité. Dans la mesure où tu progresses en pureté, tu découvres les impuretés qui sont au fond de toi. Et ce n’est pas pour se diminuer ou s’écraser, l’humilité consiste à se connaître en vérité, avec ses qualités et ses faiblesses. « Pierre, tu es Pierre, et sur cette pierre, je bâtirai mon église », et juste après, Jésus dit : « passe derrière moi Satan ». L’autorité que Pierre a reçue, c’est une autorité humble, qui se met au service, qui donne sa vie, qui se sacrifie, qui porte sa croix, avec amour. L’autorité du monde, c’est Satan, qui vient pour dominer et capter. C’est l’orgueil. Vous connaissez l’histoire de Narcisse. Narcisse est ce jeune homme qui s’aimait tellement qu’il se regardait dans le reflet de l’eau, et qui finit par se noyer dans sa propre image. Vous avez le narcissique grandiose, charismatique, avec un ego énorme, et vous avez le narcissique plus discret, extrêmement sensible à la critique, qui aime se victimiser. Le style est différent, mais le fond reste le même. Le narcissique ne cherche pas l’autre pour lui-même, il s’en sert pour capter de l’énergie – en essayant de se valoriser, de gonfler son ego, d’obtenir de la reconnaissance. Or, l’ego nous aliène et obscurcit notre regard ; et notre cœur ne peut que s’aliéner s’il ne s’ouvre pas à l’autre et à Dieu. « Seigneur, garde-moi tout petit devant ta face ! ». C’est facile d’être tout petit devant Dieu, mais c’est beaucoup plus difficile d’être tout petit devant les autres. L’humilité se révèle devant les autres, le test de l’humilité c’est l’autre. Et le danger, c’est de me comparer (« je suis supérieur », ou « je suis inférieur »). Admirer l’autre, sans le jalouser voilà un signe de grandeur. Mais ce serait une erreur de se dire (« je vais échouer pour être plus humble ! »), car Dieu veut l’homme grand, fort, qui réussit ! Seulement, cette grandeur ne doit pas tourner sur elle-même : car seul Dieu est grand, et c’est Lui qui fait « en moi » de grandes choses. « Mon âme exalte le Seigneur, parce qu’Il a fait en moi de grandes choses » dit la Vierge Marie, LE modèle de l’humilité. Emmanuel est un homme d’une cinquantaine d’années qui a « réussi ». Il passe son temps à se faire « mousser » en société. Croise-t-il une nouvelle personne que celle-ci n’ignore pas, au bout de deux minutes, qu’il a monté cette année deux start-up, rencontré la semaine dernière le ministre des transports et qu’il est en train de terminer un quatrième livre sur la spiritualité. Pour se moquer un 1 peu, un de ses cousins a même détourné un hymne religieux et l’a mis dans sa bouche : « Que mes œuvres sont belles ! Que mes œuvres sont grandes ! Seigneur, Seigneur, je te comble de joie ! » Caricatural ? Pas tant que ça. Un jour, quelqu’un dit à Emmanuel, avec délicatesse, qu’il monopolisait un peu trop les conversations à table. La réponse fut aussi condescendante que définitive : « Mon ami, il m’est arrivé une fois de me taire lors d’un dîner : eh bien, plus personne n’avait rien à dire ! Si je ne parlais pas, nos repas sont mortellement ennuyeux ». Finalement, on dit que le secret de l’humilité, c’est l’humour. Faire un compliment avec humour, accepter un succès avec humour, et accepter une défaite avec humour. Celui qui tombe du 10ème étage se fait mal (ça, c’est l’orgueilleux) alors qu’une personne humble ne se fracasse pas, car elle ne tombe jamais de très haut. Demandons au Seigneur cette humilité qui nous libère de notre ego, et nous fait comprendre cette parole de Jésus à Pierre : « la puissance des ténèbres ne l’emportera pas sur toi ». Demandons à Marie de rendre notre cœur à l’image de celui de son Fils, doux et humble. Frères et sœurs, quand vous vous réveillez le matin, à qui pensez-vous en premier : à vos amis, à ceux qui se sont confiés à votre prière et qui sont dans l’épreuve (ou la maladie), à votre conjoint, à vos enfants, à Dieu… ou à vous ?
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